1. MANUSCRIT ORIGINAL DES THÈMES LATINS PROPOSÉS A LOUIS XIV PAR SON PRÉCEPTEUR.

LOUIS XIV. Thèmes de Louis quatorze Roy de France, & de Nauarre en l’Année 1647 et 1648.

In-4° (198 x 150 mm) de 36 feuillets. Reliure fleurdelysée de l’époque aux armes du Roi ; maroquin olive, semis de fleurs de lys avec armes au centre et dentelle d’encadrement dorés sur les plats, dos à nerfs entièrement fleurdelysé, dentelle dorée intérieure, tranches dorées.

« Lorsqu’en 1644, Anne d’Autriche fit choix, sur le conseil de Mazarin, d’un gouverneur pour le jeune Louis XIV, sa préférence s’arrêta sur un protégé du Cardinal que celui-ci avait connu chez Richelieu qui le patronait également, Hardouin de Péréfixe, abbé de Beaumont. Docteur en théologie, ce prélat gravit dès lors tous les échelons de la fortune. Il publia en 1647 l’Institutio Principis, devint membre de l’Académie française en 1654 et archevêque en 1662.

Curieusement, Péréfixe se servit pour son enseignement, dont la morale et le latin formaient la base, de la Nouvelle Méthode pour apprendre facilement… la langue latine, publiée par les Messieurs de Port-Royal en 1644 ; les textes qu’il faisait écrire au prince étaient autant des leçons d’éthique que des exercices de composition latine, appropriés à la condition et à l’âge de l’élève. Les préceptes transcrits par le jeune élève prenaient valeur d’engagement personnel.

Chaque page contient, écrite au recto, une maxime suivie de sa traduction latine et surmontée d’un titre invariable ; une très légère différence dans cette disposition suggère que ces thèmes ont été calligraphiés isolément et réunis ensuite. Cette hypothèse est étayée par le fait que les feuillets ne sont pas numérotés, sauf deux, dont l’un présente au haut de la marge de droite un chiffre 4 ne correspondant guère à son placement au milieu du recueil. Par contre, le dix-neuvième feuillet, qui marque le milieu exact du recueil, porte en haut au centre un petit chiffre 2, et la maxime de la page proclame : Mon devoir envers Dieu est contenu dans les thèmes cy dessus, il faut parler dans les suivants de mon devoir envers moy mesme ; après quoi interviennent 17 maximes recommandant de se gouverner soi-même avant que de commander aux autres, de dompter ses passions et de les retenir comme des bêtes farouches car ce sont des furies qui s’étant rendues maitresse de l’âme imposent des lois à la raison et rendent les rois même esclaves. Je dois donc toujours me souvenir que je suis Roy affin que je ne fasse rien qui soit indigne de mon nom. Au bas du cinquième feuillet, un griffonis, pourrait être de la main du jeune prince.

Exécuté sans doute vers 1647, voire un peu avant, ce manuscrit contient la première rédaction des thèmes donnée par Péréfixe à son royal élève. La Bibliothèque nationale en conserve une version apparemment postérieure ou l’on trouve quatre préceptes qui ne figurent pas ici : trois concernent l’orgueil et le dernier les plaisirs du corps ; une autre règle, transcrite dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, n’a pas été recueillie dans ce premier jet, elle est relative à la tempérance : alors que le roi se propose le respect des quatre vertus prudence, justice, force et tempérament, les trois premières seules font ici l’objet de commentaires. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale a été donné par le roi lui-même au comte Hippolite de Béthune ; celui-ci, à sa mort, légua au souverain sa collection de manuscrits, ainsi s’explique la présence de ce recueil dans les collections nationales (il fut montré à l’exposition Mazarin en 1951, n°122). Deux copies en ont été faites au dix-septième siècle par Charles Alexandre de Carcavy, garde de la bibliothèque du roi : l’une, ornée d’un dessin de Sébastien Leclerc, était destinée à Colbert ; l’autre, aux armes du duc d’Orléans, conservée aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Arsenal, était probablement destinée à l’éducation du futur régent.

Somptueusement relié aux armes du roi, le présent manuscrit est apparemment l’exemplaire qui se trouvait entre les mains de son précepteur Péréfixe ».

Provenance : Louis XIV – Famille de Saint André, avec signature manuscrite sur le premier feuillet. (Les membres de cette famille étaient conseillers du roi : l’un, intéressé aux fermes du roi et fort riche, possédait des manuscrits et des livres ; un autre, le chanoine de Saint André, avait vendu en 1645 une collection de manuscrits grecs à Petau) – P. Bérès : (Cat. Epreuves, 1977 n°304).